
Joveah, la lune interdite. Depuis des centaines d'années maintenant, le gouvernement du conciliat avait interdit l'accès à cette zone à tout citoyen de l'empire. Sur le satellite naturel de la Terre, on ne trouvait plus que mort et désolation. Mais ce n'était pas les radiations qui étaient à l'origine de ce blocus. Non, il s'agissait plutôt d'une raison plus politique. Une cause liée aux habitants de la lune.
Les séléniens, branche évoluée de l'humanité que l'on appelait scientifiquement Homo Cognitis, s'étaient forgés une réputation de véritables aberration de l'espace. C'était reclus, loin de la civilisation, dans les laboratoires d'anciennes colonies, que les témoins modifièrent leurs corps et s'enfermèrent dans leurs tourments. Manipulateurs, on disait d'eux qu'ils savaient lire dans les esprits et contrôler les pensées de chacun.
Les rumeurs couraient que la dernière expédition envoyée à leur rencontre ne revint jamais. On aurait retrouvé les corps mutilés de l'équipage dans un vaisseau fantôme, des mois après leur disparition. Les séléniens étaient-ils capable de telles atrocités ? Il ne fallait pas prendre le risque de ne pas y croire lorsque l'on se rendait sur Joveah. Ce que firent Jade Alina et Drefyus Cobernick, missionnés par le Dominium pour rétablir le contact avec cette civilisation oubliée.
On les avait formés des années durant à lutter contre les manipulations chimiques ou électromagnétiques. Les deux soldats impériaux contrôlaient leurs hormones, maîtrisaient leur esprit et avaient développé une résistance à tous les agents psychotropes connus. Dans la navette de transport modulaire, ils se préparaient à l'alunissage.
« Tu peux penser ce que tu veux, mais je maintiens que c'est une bourde monumentale. »
Jade et ses yeux d'opale, sa chevelure d'ambre et ses lèvres pulpeuses. Jade et son air inébranlable, au caractère inerte et impassible. Jade, la foudroyante. Sa voix argentée raisonnait dans le casque de Drefyus comme un son de cloche ardente. Il essaya de ne pas lui répondre, mais c'était peine perdue, elle voulait en parler. Elle voulait parler pour exprimer son avis plutôt que d’échanger avec son partenaire.
« On ferait mieux de bombarder la zone et faire demi-tour, ces atrocités n'ont plus leur place dans notre civilisation.
– C'est ça, crie-le bien fort, histoire qu'ils nous accueillent à bras ouverts après t’avoir entendu .
– Ils ne peuvent pas nous entendre, on est dans l'espace... idiot. »
Drefyus restait de marbre, prostré sur son siège, les mains agrippées au levier de commande. Ses yeux bleus perçants vinrent se poser sur sa partenaire. Intérieurement, il fulminait. Préférant ne pas relever l'insulte pour cette fois, il ne résista pas à l'envie de lâcher un éternel soupir désabusé. Gardant toujours un oeil sur la trajectoire à suivre pour atteindre la surface, il poursuivit :
« Si nous sommes ici, c'est pour le bien de notre civilisation, justement.
– J'ai vu un holofilm sur ces créatures. Elles n'ont plus rien d'humain. Je ne vois pas ce que des non-humains peuvent apporter de bénéfique à notre civilisation.
– Chut ! Fais le vide dans ta tête, ils peuvent quand-même ressentir certaines ondes.
– C'est bien ce qui me dérange : qu'on puisse fouiller dans mon cerveau.
– Détends-toi, les puces de l'ISA sont là pour brouiller leurs facultés.
– En espérant que ça tienne le coup... »
L'esquif des deux explorateurs était une navette pour deux humanoïdes. Le pilote était positionné à l'avant, le second légèrement derrière lui, sur sa droite. Deux immenses ailes se déployaient de part et d'autre et s'étendaient telle la silhouette d'un aigle royal. A l'arrière, trois propulseurs plasmiques assuraient une bonne vitesse et une excellente rotation pour l'appareil. Dans un tel engin de l'espace, on était secoué à la moindre manoeuvre. Ce pourquoi Jade et Drefyus étaient soudés à leur siège grâce à deux énormes ceintures bouclées à leurs épaules.
Le chasseur stellaire fendit droit vers l'astre lunaire en ciblant une zone réputée comme étant le berceau de la civilisation des Témoins. Il traversa une épaisse brume de glace avant de survoler une zone violacée, recouverte de cristaux géants aux reflets pourpres. Ces améthystes sauvages pouvaient atteindre les trois mètres de haut et diffusaient des bulles d'oxygène autour d'elles.
Ça et là, des structures d'une ancienne cité s'élevaient comme les témoins d'un passé perdu. Les arches de marbres tendaient leur main au ciel obscur, en quête d'une nouvelle vie. Des statues antiques, représentations de gouvernements éteints, se confondaient avec les cratères du sol lunaire. On reconnaissait à peine les grandes avenues, là où l'on devinait quelques cathédrales, monuments des anciens temps, cachés sous les cendres.