Drefyus Cobernick grommela. Son arme était vide. Il la regarda un instant avant de s’en servir comme projectile sur la tête de l’un des monstres — ce qui n’eut pour effet que de le ralentir. Il tendit deux poings face à lui, prêt à faire face au danger par le simple usage de ses bras. Il n’avait pas encore expulsé ses dernières réserves d’oxygène et comptait bien terminer sa vie en héros. Quelque part, cette situation lui plaisait. Karl, derrière lui, semblait savourer l’instant tout autant que lui et venait pousser un énième monstre avec le talon de sa botte, le projetant en arrière.
« Mon arme est vide. Lui informa Drefyus.
— Les haches de bataille, il n’y a que ça de vrai ! »
À cet instant précis, l’arme de Karl vint frapper un monstre en crépitant une dernière étincelle. La hache, elle aussi, avait puisé toute l’énergie de sa batterie. Désabusé, les yeux remplis de confusion, Karl examina l’appareil de façon dédaigneuse. Il ne prit pas même la peine de s’en servir comme projectile et, d’une colère blasée, le jeta au sol, dépité.
« J’enlève ce que j’ai dis. Soupira-t-il. »
Les deux hommes, toujours dos à dos, observaient la progression du champ de bataille. Ils avaient éliminé une bonne vingtaine de ces choses, d’autres encore grimpaient les pentes escarpées en contrebas. Il en venait de tous les côtés.
« Tu t’es bien battu, terrien, avoua Drefyus.
— Oh, ça ! Ces trucs visqueux ne sont rien comparé aux hordes de squamas, ironisa Karl.
— Au moins, avec les squamas, un dialogue est possible.
— Pas ceux de Cathor, croyez-moi. »
Et pourtant, les monstres de Triton étaient bien plus féroces que ce qu’il avait affronté de toute sa courte existence. Karl avait analysé un peu ces hordes de cadavres vivants. Ils semblaient ne pas se préoccuper de mourir, fonçaient simplement tête baissée jusqu’au premier adversaire. Une tactique observée chez aucune meute de prédateurs sur Terre. À bien y réfléchir, ces derniers avaient tendance à harceler leurs proies en solitaire, jamais en groupe. Ou alors, ils élaboraient des stratégies d’attaques.
Karl comprit qu’ils allaient mourir ainsi, dévorés par d’étranges bêtes de l’espace. Il ferma les poings et leva les coudes, suivant l’exemple de son allié. Prêt à asséner un dernier upercut à l’une des bêtes qui s’approchait de lui. Il prépara son coup, mit un pied de côté pour y prendre appui et passa son bras légèrement derrière lui. L’élan amorcé, il ne lui restait plus qu’à déployer toute sa force pour asséner la droite fatale. Il gonfla ses muscles, et s’élança.
« Harh... ! »
Son cri fut étouffé par un son cataclysmique venu d’en haut. Un immense rayon lumineux vint pulvériser sa cible. Le rayon, venant du ciel, s’écrasa au sol comme une intervention divine. Karl s’arrêta net, soufflé par le choc de l’impact et l’explosion que cela engendra. La roche alentour fut carbonisée, il sentit la température atteindre des degrés inimaginables devant lui, tandis que le rayon s’éloignait vers une seconde créature. La tornade de lumière rougeâtre vint rapidement les entourer, exterminant toutes les créatures comme de vulgaires insectes.
Karl, tétanisé par tant de force surnaturelle déployée, écarquillait les yeux. Il semblerait que les dieux aient répondu à ses prières intérieures. Alors, il se tourna vers le ciel et comprit qu’en réalité, ce n’étaient ni les dieux ni le destin qui intervinrent, mais une flotte de plusieurs vaisseaux dans la basse orbite de Triton. Des caissons noirs et décorés d’immenses tuyau devaient mesurer plus d’un kilomètre de long, et planaient dans un brouhaha infernal.
Rapidement, la tornade de feu rouge laissa place à un vent effroyable. Au sol, les traces du choc dévoilèrent des trous béants de plusieurs mètres de longs dans lesquels la roche avait instantanément fondue au contact du trait d’énergie. Drefyus se mit à crier de joie :
« Les Kharonarques ! Ha ! Ha ! s’extasiait-il, levant les bras en l’air.
— Qu’est-ce donc ? Cria Karl, tentant de faire entendre sa voix dans l’apocalypse ambiant.
— Les défenseurs du système ! Ils sont venus nous sauver ! »
Une nouvelle bourasque éclata, cette fois ci, non loin d’eux. Karl faillit perdre l’équilibre et tomber à plusieurs reprises. Sur la butte de terre, plus aucune trace des créatures qui s’éparpillaient à travers les plaines et disparaissaient dans les failles, sous des crevasses ou à l’ombre des cratères. Le jeune terrien passa sa main sur son front pour essayer de discerner quelque chose dans le ciel.