Dans les combinaisons des impériaux, il faisait froid. Un froid si insidieux que Karl se mit à frissonner de l’intérieur. Le jeune terrien était à l’autre bout du système solaire, loin de tout ce qu’il avait connu. Il marchait derrière deux imposants marines qui avaient l’air déterminés et ne se préoccupaient pas de savoir s’il arrivait à suivre.

Devant eux, d’immenses plaines blanches et crevasses ombragées s’étendaient à perte de vue. Le jeune Karl observait au loin la vie que l’on avait adaptée à ces astres hostiles. Plusieurs mètres en contrebas, sur des arbustes noircis, d’intrigantes chauves-souris butinaient d’immondes bulbes rougeâtres. Une voix résonna dans ses oreilles, c’était Cortès :

« Putain ça me fait vraiment chier de faire le sale boulot des syndiqués.

— Arrête de te plaindre. Au moins on n’est pas sur Ganymède.

— C’est clair. Depuis la dernière pluie noire ils doivent être bien amochés ceux-là aussi. »

Tandis que le petit groupe tournait autour du bâtiment, Karl pensa qu’il était peut-être temps de s’intéresser à ce qu’il se passait autour de lui. Il n’avait rien compris des enjeux qu’on lui avait présenté, et suivait le mouvement comme un enfant accompagnait ses parents. Cela ne lui plaisait pas pour autant, aussi, il fit l’effort de s’intéresser quelque peu à son nouveau monde :

« C’est quoi, au juste, les pluies noires dont vous n’arrêtez pas de parler ? »

Devant lui, les deux hommes en armure lourde se retournèrent en même temps dans un bruit de métal claquant. Ils avaient oublié la présence du terrien et s’échangèrent un regard interrogateur. Gavarni était plus âgé et plus imposant que Cortès. Deux pattes de barbe descendaient sur les flancs de ses joues pour disparaître dans son masque. Cortès, quant à lui, tournait deux iris sombres au ciel, sous un petit air de fripon.

C’est Gavarni qui se chargea de répondre :

« Des météores. Des milliers de cailloux venus de l’exo-espace. Personne ne sait d’où ni pourquoi ces trucs nous tombent dessus.

— Des simples cailloux ?

— Ouais, non, surenchérit Cortès. Les météores arrivent par centaines de milliers sur les zones habités et détruisent tout ce qu’elles touchent. Ça cause un sacré merdier puisqu’elles sont radioactives..

— Radio-quoi ? continua de questionner Karl.

—  Radioactives, insista Gavarni. Les particules des météores sont instables et causes de sérieux dégâts sur les infrastructures et les biomasses. C’est d’ailleurs grâce à cette émission qu’on détecte leurs emplacements.

— Ah, les détecteurs longue portée, commenta Cortès, une technologie offerte par nos chers camarades les kharonarques !

— Il semblerait également, poursuivit Gavarni, que le système solaire traversera le nuage le plus dense jamais rencontré d’ici quelques semaines.

— Un nuage ? Ne parliez-vous pas de cailloux ? Demanda le terrien, perdu dans les explications.

— Des milliards d’astéroïdes, compléta Gavarni. Tellement qu’ils forment un nuage.

— Ils vont s’abattre sur le système en une fraction de seconde (s’exclama Cortès en balayant la plaine avec sa torche). Tout astre ne bénéficiant pas d’une protection atmosphérique décente sera pulvérisé. Les stations, les lunes, tout. Pssht !

— Y compris la Terre ?