Des jours s’étaient écoulés depuis le lancement de l’immense opération dans les subdivisions extérieures. Le Crusadier avait vogué en direction d’Oranos pour une rencontre diplomatique avec le Royaume aux Cinq Couronnes, larguant à la périphérie du système un Porteneur garni d’une petit équipe de soldat. C’était à l’agent Drefyus qu’on avait délégué la responsabilité de la mission. À ses côtés, Jade supervisait les opérations en tant qu’officier second.
Dans les rangs, on comptait également Karl ainsi que quatre autres soldats. Tous issus de la marine céresienne, excellence de l’armée impériale. Karl avait fait profil bas. Il avait revu brièvement Abelys afin de lui faire ses adieux. Une séparation à laquelle elle avait répondu un simple « Bonne chance, mon ami de toujours. » Il éprouvait un manque, rapidement comblé par la vie complexe à mener dans l’espace.
La navette spatiale arriva sur l’orbite de Neptune sans encombre, avant d’entamer sa descente vers Triton, le plus gros des quatorze satellites de cette planète. Triton était aussi grande qu’une planète naine et avait une faible atmosphère générée. En plusieurs points de sa surface, on avait enfouis des puits artificiels afin de simuler une gravité similaire à celle de Mars. L’arrivée sur ce monde se déroula sans encombre et la navette pu décharger ses occupants sans grande difficulté.
L’objectif de la mission était simple : découvrir ce qui était arrivé à l’équipage de l’Ankhatar et prendre contact avec les Croisés Tritonniens, un ordre semi-religieux centenaire proche de l’Empire qui avait du mal à établir des relations saines avec tous ses voisins. Karl n’avait aucune idée dans quoi il s’embarquait, aussi reçu-t-il quelques brimades de ses nouveaux camarades de combat :
« Avec ta petite taille, tu pourras te cacher dans les conduits si jamais y a du grabuge. »
La remarque de celui qui se faisait appeler Gavarni, à la crête rouge luisante, fit rire tout le monde sauf le concerné. Ils avaient chacun enfilé une combinaison spatiale pour traverser les extérieurs faibles en atmosphère et à la pression non adaptée pour leurs corps biologiques. Une tenue avait été confectionnée spécialement pour Karl car il était plus petit en taille. Il avait appris les rudiments du tir à l’alesard mais on lui donna plutôt un flambeur, lui qui était plutôt spécialisé dans des armes au corps à corps.
Le flambeur était une sorte de bâton que l’on tenait à deux mains, au bout duquel venait s’allumer un faisceau laser capable de découper net n’importe quelle matière. S’il avait aimé s’en servir durant ses entraînements, était venu pour lui le temps de l’utiliser en condition réelle. C’était une arme modeste et peu recommandée pour la mission, mais il avait insisté.
À la sortie du vaisseau, c’était Jade qui criait à tout le monde, à travers le micro de sa combinaison :
« Allez ! Go, go ! Go ! »
Le groupe suivit un long couloir aérien qui menait à la structure du sanatorium. Les lumières étaient éteintes et un silence de marbre, couplé au son de chaque respiration interne, rendait à l’atmosphère des airs de tableaux figé dans le temps. Quelque chose s’était passé ici et avait coupé toute forme de vie. Aucun agent de sécurité ne vint les accueillir, pas même un domestibot de nettoyage.
Les deux officiers prenaient les devants pendant que le groupe avançait dans une lenteur manifeste. Les quatre soldats tenaient dans leurs mains de longues armes au canon englouti prêt à cracher un gaz comprimé. Ces fusillards étaient la fierté de la marine, capables de déployer un laser aussi intense que même le plus solide des métaux fondrait instantanément. Les recrues observaient les alentours en projettant des lumières depuis leurs casques hermétiques.
Jade jugeait leur avancée trop lente. Elle se tourna alors et cria :
« Magnez-vous le cul bande de cloportes de l’espace. On dirait des scarracks qui dansent. Bougez-vous ! »
La troupe se précipita jusqu’aux premières plateformes de lancement. Il faisait nuit autour d’eux et les ombres grises, poussées par leurs torches, se mouvaient comme des créatures nocturnes dans un paysage cendré. Personne ne savait ce qu’il fallait redouter, mais chacun sentait que l’absence de vie ne signifiait rien de bon. Gavarni se posta devant une porte béante, observant le gouffre insondable d’un couloir menant au coeur de l’édifice :
« C’est quoi ce bordel ? Il n’y a plus personne ici.
— C’est comme s’ils avaient tous déguerpi, répondit un homme à sa droite.
— C’est parcequ’ils ont vu ta gueule arriver, ajouta une femme d’une voix aussi rauque que suave. »
Alors qu’ils se plaçaient en cercle, pointant leurs armes vers les angles extérieurs, Jade et Drefyus échangèrent un regard inquiet. Autour d’eux, des cargaisons laissées à l’abandon et des affaires gelées par plusieurs nuits froides ne laissaient présager rien de bon. Plus loin, on devinait l’ombre de l’Ankhatar planer sur la plateforme de lancement. Le vaisseau était aussi mort que le décor dans lequel il baignait.
« Où ils sont passés tous ? se risquait un autre. »
Rapidement, on repéra des traces de lutte. Creusée dans un mur en métal gris, une longue entaille s’étirait sur plus de dix mètres. Quelques mètres plus loin, c’étaient des dizaines de marques similaires au sol qui se révélaient. Derrière la porte, un long couloir s’éclaira d’une torche indiscrète, révélant un intérieur encore plus meurtri, témoignage d’intenses combats rapprochés. Une soldate ne put s’empêcher de lâcher un commentaire macabre :