« Arrh ! »
Le cri strident de l’homme lézard raisonna dans la pièce comme la colère d’un milliers d’entre eux. Les mains écailleuse de la créature vinrent attraper la garde de la dague pour l’enlever de son bras. Du sang rouge-noir en sortit. Les squamas que les terriens connaissaient étaient des êtres d’ordinaire peu civilisés mais néanmoins dotés d’une certaine intelligence. Ils avaient un dialecte propre et revêtaient des pagnes en cuir brodés d’ossements.
En voir un, à des milliers de kilomètres de la Terre, habillé des tissus impériaux, avait quelque chose d’improbable. Une soie fine et bleutée recouvrait son torse et vennait s’engouffrer dans les plis d’un pantalon noir que gonflaient d’énormes muscles. Ses mains présentaient des pouces opposables. Chacun de ses doigts se terminait par de grandes griffes acérées, taillées comme des épingles.
Son visage avait une forme semi humaine. Sa mâchoire était cependant démesurément grande et pleine de dents pointues. Des yeux jaunes fendus d’une fine lamelle noire observaient Abelys dans ce qui semblait être l’expression d’une rage monstre. C’était à lui de réagir, il allait certainement bondir sur elle et la déchiqueter en morceaux. Son crâne se redressa. Seul un son sortit, sans suivre le mouvement de ses lèvres :
« Une agression au sein du Thronarium, par une terrienne de surcroît, c’est une honte. Une honte ! »
Abelys était décontenancée. Depuis quand ces choses parlaient, au juste ?
Le scientifique Marcus vint se placer entre les deux adversaires tout en bafouillant des mots incompréhensibles. Sans doute voulait-il apaiser la situation, du moins à e croire son air apeuré derrière sa légère barbe d’ancien. Contre toute attente, il prit la défense de la jeune terrienne, encore sous le choc :
« C’est … ! Oh ! Je vous en prie, non ! Nous… enfin ! Ce n’est pas ce que vous croyez. C’est un mécanisme d’auto-défense, une… enfin !
— D’auto-défense ? Ma parole, vous avez un boulon en moins ! Je suis venu en tant que représentant du clan spatial des Raveng, sans arme, et vous oser appeler cela de l’auto-défense ?
— Je vous en prie sire Sskel’Skek, elle pensait avoir en face d’elle un squama de la Terre, pas un émissaire de l’Empire.
— Vous ferriez mieux de surveiller votre cheptel, scientifique. Les humains que vous avez amené de la Terre n’ont aucune forme de civilisation en eux. Ce sont des sauvages. Des animaux !
— Monsieur Sskel-Skek je vous en conjure, soyez indulgent. Elle ne savait pas.
— Cessez de prononcer mon nom ! Je vais de ce pas prévenir les autorités. Votre présence et celle de vos petits toutous de la Terre est une insulte pour l’Ordre. Il faut qu’on vous renvoie, et vite ! Avant que vous ne causiez d’autres dégâts ! »
Le reptilien fit volt face et quitta la pièce, toujours en compressant son bras sur sa blessure. Lorsque la porte se referma derrière lui, on put l’entendre vider une dernière fois ses poumons dans un cris perçant même le mur épais qui les séparaient. Marcus poussa un long souffle plaintif. Il s’essuya le front avec la paume de sa main et se parla à lui même :
« Bon sang, ma carrière est foutue. »
Karl, le jeune guerrier intrépide et aventurier, daigna faire part de sa présence dans le fond de la pièce en se raclant la gorge. On ne savait vraiment s’il avait assisté à toute la scène, mais son air ébahi signifiait qu’il avait lui aussi vu le squama parler. Il cherchait quelque chose à dire mais ne trouvait pas les mots. C’est après quelques secondes interminables qu’il s’avança :
« Enfin qu’est ce que c’était que ça ? »
Marcus se tourna vers lui, un poing sur les hanches, l’autre main virevoltant dans l’air pour accompagner sa réponse :
« Ça, monsieur Homan, c’était un haut dignitaire de l’Empire, membre d’un éminent clan de reptiliens. Des mercenaires au service de sa majesté l’Emperesse, généralement mandatés pour ramener l’ordre dans certaines stations.
— Il y a un squama dans l’Empire ? s’écria Abelys, rouge de rage (ou de honte ?)