« Que s’est-il passé ? »

Le souffle d’une explosion avait mit tout le monde au sol. Valken s’était précipité sur l’Ordonnator pour le recevoir dans sa chute et lui éviter des commotions ou autre hématomes. Il avait tendu les bras dans une vitesse fulgurante et accompli son geste avec justesse. Sa fibrarmure carmin, recouverte de veines striées, l’avait aidé dans son effort. Une soldate et un scientifique vinrent l’aider à redresser l’officier supérieur.

« On l’a eu, on l’a touché ? »

Alors que le général Uldenrick ne cessait de questionner tout le monde du regard, allongé au sol comme un animal sans défense, chacun reprenait ses esprits. Une brume ambiante flouait les vues. À cela s’ajoutait une odeur de brûlé, issue des câbles et du plancher de métal qui avait littéralement fondu sous le coup du rayon laser. Jade héla le nom de son coéquipier :

« Drefyus !

– Je vais bien ! »

Sa voix retentit comme un gong de délivrance. Il surplombait la scène. Son bras fléchit tenait une arme. Jade remarqua que l’homme était tourné vers l’endroit où se trouvait la capitaine quelques secondes avant que le rayon laser ne vienne détruire le décor. Le tir ne provenait pas d’Imionn mais de Drefyus. Ce dernier avait eut le temps de dégainer son arme et de tirer en direction de son adversaire.

Là, au sol, le capitaine Imionn était amorphe. Au bout de son bras droit, sa main était méconnaissable. Sa chaire et ses os avaient fusionné dans un amas de cendres calcinés, mélangé au métal fondu de son alesard. Ses yeux à demi-ouverts signalaient qu’elle était encore en vie mais dans un état de choc évident. Son bras fumait encore et propageait une odeur de chaire calciné.

Jade se releva difficilement, le rayon laser n’était pas la seule chose qui avait mis tout ce petit monde au sol. Un bâtiment spatial tout entier avait explosé contre les enceintes du Thronarium. Drefyus avait réussi, il avait abattu le vaisseau. Mais à en juger par un calcul rapide, l’épave du navire devait se trouver à présent à l’intérieur d’un hangar, quelque part dans les étages inférieurs.

L’impériale, remise de ses émotions, se précipita sur Orelli Imionn, la prenant dans ses bras pour la réconforter. Même si les deux femmes éprouvaient une animosité palpable l’une envers l’autre, Jade avait encore un semblant de sentiment pour son ancienne compagne.

« Orelli ! »

La capitaine ne répondit pas. Ses yeux bleus observaient un point fixe au plafond. Ses bras, ses jambes et son corps tout entier se laissaient aller. Jade lui murmura quelques mots réconfortants :

« Tiens bon, des médecins arrivent. »

Elle leva les yeux et analysa la scène autour d’elle. Le général Uldenrick s’approchait à grand pas, suivi par deux gardes lourdements armés. Les tenues militaires des impériaux brillaient de milles feux. Si le général était modestement vêtu bien que très élégamment accoutré, ce n’était pas le cas de ses subalternes. Coques de métal, plastron en polytungstène et jambières renforcées formaient le plus gros de leur armure.

Dans leur dos, à chacun d’eux, un boitier servait de batterie pour alimenter de longs et imposants fusils qu’ils portaient à deux mains. La crosse de leurs armes dépassait à l’arrière et le canon venait se dresser droit, face à eux, comme d’affreux lance-flamme au bec troué. Ils se positionnèrent de telle sorte à entourer la blessée, lorsque le général s’irrita de plus belle :

« Agent Alina, écartez-vous de cette femme. Orelli Imionn est en état d’arrestation pour sédition et tentative d’homicide sur agent représentant l’autorité impériale.

— Attendez ! Vous faites erreur.

— Agent Alina, je ne permettrai pas que vos sentiments viennent s’interposer entre cette femme et mon commandement. J’ai eu assez de mutinerie pour aujourd’hui.

— Mais, général ! Elle a été mentalement manipulée par notre ennemi. Vous l’avez bien vu, le sélénien était dans la salle, à travers ses yeux. À travers elle !

— Ce sera à la cour martiale de décider. Disposez et rendez-vous disponible pour votre prochaine mission je vous prie. »