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Dan Lexu, dans la pénombre, observait la scène avec dépit, les poings sur les hanches. Ses cheveux noirs frisés et sa mine patibulaire, il avait dépassé la quarantaine et conservait toute sa prestance. La tenue de minier spatial sur le dos, délavée, arborait fièrement l'insigne du Syndicat Libre, un "S" doré coupé de haut en bas par deux traits verticaux. Ce sigle représentait tout pour Lexu. Il symbolisait la force et la témérité des travailleurs.

« Capitaine, on vous a pas entendu entrer ! s'écria Gabael.

– Ça ne m'étonne pas, vu le boucan que vous foutez ! »

Les deux hommes attrapèrent le premier outil de mesure à portée de main, comme pour faire croire qu'ils travaillaient plus qu'ils ne s'amusaient. La musique se coupa net, comme si Mia était complice de la scène.

« C'est tellement fort qu'on l'entend depuis l'extérieur du vaisseau ! »

Ajouta leur chef, en agitant les bras. Il descendit d'une passerelle supérieure, dévalant les quatre marches en une enjambée. Ses bottes usées vinrent frapper le métal de la cabine dans un bruit mécanique. Son bleu de travail était rentré dans le cuir de ses pompes. Les manches retroussées, il vint se poser devant la baie vitrée. Ses yeux perçants observèrent l'obscurité du vide spatial. Il cherchait un repère depuis les astres.

« A combien de jours sommes-nous de Saturne ? Demanda-t-il à ses coéquipiers.

– Euh... Trois jours patron, répondit Gabael, penaud, quatre si on est ralentis par les vents solaires. »

Le capitaine était penché sur les instruments de mesure et regardait sur tous les écrans. Il semblait rechercher le moindre petit détail que l'on aurait pu négliger. Son intuition ne tarda pas à s'avérer juste. Quelque part, sur l'un des cadrans de bord, une loupiote oscillait. On ne l'aurait pas vu d'un premier coup d'oeil, mais le capitaine était formé à cela : constater jusqu'à la plus minime des anomalies. Il tapota quelques commandes dans un terminal et observa les résultats.

« Bon sang, c'est quoi ça ? S'exclama-t-il, à lui même d'abord, mais surtout pour que ses incompétents d'employés entendent bien sa question.

– Euh, ça patron, c'est un petit météore à plusieurs milliers de kilomètres d'ici. J'ai calculé les trajectoires tout à l'heure, on passe à côté de cent-mille kilomètres.

– Ah oui, cent-mille tu dis ? Il y a écrit moins de cinquante-mille sur le terminal.

– C'est impossible, j'ai vérifié deux fois !

– Alors t'as mal vérifié. »

La tension devenait palpable. Dans un coin de la pièce, Nikolay se faisait tout petit. Des gouttes de sueur commencèrent à perler sur les visages. La température avait monté d'un cran. Gabael fit coulisser son siège jusqu'à un énième appareil de mesure, attrapa un levier et en joua pour changer l'image sur l'écran. Dans le viseur, un objet aussi sombre que la toile de fond de l'espace cachait les étoiles. Difficile de le discerner, mais on pouvait deviner les courbures du rocher.

« Mia, tu peux me donner sa taille ?

– Environ trois mètres de diamètre monsieur. »

Le capitaine n'était pas le seul réveillé. Dans l'embrasure de la porte, une silhouette se faufila. C'était Frida, habillée d'un simple débardeur blanc tâché et d'épaisses bretelles lâchées sur ses hanches. Elle se glissa entre les protagonistes et se trouva une place dans un coin à droite. Assise à un siège qui semblait avoir été conçu pour elle, elle se mit au travail sans plus tarder. Pendant ce temps là, les matelots se disputaient sur la pertinence des mesures relevées par les appareils de bord :

« C'est pas possible je vous dit, insista Gabael, ce truc ne devrait pas être là.