A cet instant précis, tout l’équipage avait entendu l’ordre et s’était tourné vers le docteur, abandonnant leurs tâches en cours. Angg, du haut de ses deux mètres et quelques, laissa tomber une clef. Le bruit résonna dans tout le hangar de chargement. Il s’avança d’un pas, stupéfait. Le capitaine, sentant très facilement venir la mutinerie, prit la parole le premier :

« Quoi ? Mais attendez, vous délirez ? Qu’est ce que c’est que ce bordel ?

– Je suis désolé, je ne peux pas vous laisser partir. »

Quelques hommes se rapprochèrent, cherchant à comprendre pourquoi quelqu’un avait donné l’ordre d’empêcher le départ du vaisseau. Maria, jeune recrue et défiante, laissa s’échapper un « Foutaises ! » tout droit sorti de ses tripes de matelot.

Angg, rouge de colère, pointa son doigt en direction du docteur Jolience :

« Enfoiré de mes deux, qu’est ce que ça veut dire ?

– Angg. Intervint le capitaine pour le calmer.

– Les types comme toi je les mange au petit déjeuner !

– Angg ferme-la ! »

Dan Lexu fixait fermement le colosse. Ce dernier, mécontent mais tout de même obéissant envers son chef, ravala sa langue et, dans une moue de dégoût, se tourna vers le docteur avant de le fusiller du regard. On pouvait très facilement distinguer l’agitation derrière lui. Si la situation n’était pas calmée dans les plus brefs délais, les équipiers se chargeraient eux-même de quitter l’astre. Dan Lexu préférait la diplomatie ; il ne tenait pas à recevoir une énième amende d’insubordination couplée à un décollage non autorisé.

« Enfin c’est ridicule docteur, pourquoi cette précaution ? Nous avons passé tous vos tests et répondu à toutes vos questions.

– Bien, écoutez-moi : il y a des choses que je ne suis pas autorisé à vous dire. Tout ce que vous devez savoir, c’est que la présidente directrice générale préfère que le sujet soit traité dans la plus grande discrétion. D’après ce que je viens d’entendre, il se pourrait que vous soyiez sujet à un risque majeur d’une nouvelle épidémie.

– Qu’est ce qu’on en a à foutre (criait quelqu’un dans le fond) ? On veut rentrer chez nous !

– Ecoutez ! Tout ce que vous devez comprendre c’est qu’on s’est peut être trompés, il va falloir passer quelques jours de plus pour effectuer de nouveaux tests.

– Jim (la voix discrète de Frida s’étouffa dans le flot de colère, tout le monde criait), ça va ? T’es tout pâle ?

– C’est une blague ! Hurlait un autre avant qu’un brouhaha ne s’installe.

– Foutre non (Angg attrapa un datapad et se dirigea vers un panneau de lancement, il savait s’en servir et comptait bien l’utiliser pour échapper à de nouveaux tests médicaux), je ne resterai pas un jour de plus sur cet astre d’illuminés.

– Ne vous inquiétez pas (tenta de rassurer le docteur, agitant ses bras ramolis), tout votre séjour sera pris en charge par le Syndicat. Nous avons déjà réglé vos salaires en compensation du dernier délai, nous pouvons nous arranger et vous offrir une prime sup...

– J’en ai rien à foutre du fric (interrompit un autre), je veux rentrer chez moi !

– Capitaine, faites quelque chose ! Demanda Nikolay, pantois.